Le Code des postures

Publié le par M.

ou l'Etiquette du Poulailler.

On a beaucoup glosé sur le cérémonial de Versailles, ou l'étiquette de Charles Quint, tourment et carcan de quelque princesse rebelle. Le poulailler a lui aussi ses règles, ses codes et son étiquette qui régissent la vie des jeunesses avec autant de rigidité, voir plus que la plupart des codes humains.

1. Le Code de la Domination.
Ce code est commun au mâle et à la femelle.

Le dominant en général est gras, très propre (chez la femelle, la toilette est une activité principale), tête haute sur un cou fièrement dressé, le regard pompeux et méprisant, genre son éminence toisant le gueux. La crète hérissée, exempte de blessure, aucune plume ne manque sur un plumage artificiellement gonflé.

Le dominant ne se déplace pas, il se pavane comme un coq de village pour le mâle, comme une grosse mémère dame patronesse fiere et sûre d'elle pour la suprême domina. Chez le mâle, le pas rappele le pas espagnol chez le cheval, lent, gracieux, visible. La démarche est plus lourde chez sa compagne, mais tout aussi lente.

La femelle dominante a pour coutume de becquer les crânes à sa portée, et gare à celle qui ne se baisse pas assez vite et assez bas, son bec s'agrippera à la crête et elle se laissera traîner par une soumise au galop. Certaines arrachent et mangent les plumes naissances gorgées de sang et de protéines de leurs soumises.




2. Le Code de la Soumission.
Le degré de soumission se me mesure au degré de négligence de l'animal chez la femelle plus que chez le mâle. Le crâne est pelé par les coups de becs, les plumes du cou et de la queue sont arrachées.
C'est un peu comme si les vieilles dominantes ôtaient toute capacité de séduire à la jeunesse. Car les plus dominées sont, par le jeu de la pyramide des âges, les plus fécondes.

La dominée est sale, elle n'a pas le temps de faire sa toilette, sans cesse chassée par les autres. Quelquefois, son plumage est souillé par les excréments des autres. Elle doit constamment se tenir sur ses gardes, prompte à baisser le crâne, tout en se gardant du passage violent des mâles. Car une femelle, ça se cloque, avec d'autant moins de ménagement que sa position est basse. Elle peut cumuler trois accouplements en 5 minutes.
Elle est donc assez effacée, au pas rapide et craintif, recroquevillée, les ailes serrées sur le flanc.

Pour le mâle, il est tout aussi amoché, maigre, et fuyant. Agressif, il se venge sur les femelles, s'il se fait rouster par les dominantes, les soumises lui serviront d'exutoire, juste avant de se faire casser la gueule par le jaloux qui ne prête même pas ses femelles les plus crades


3. Le Code de la couveuse.
Si les soumises sont invitées à déposer leurs oeufs, elles ne seront pas invitées à couver, rôle éminemment réservé aux plus hautes gradées.
La couvaison est à la fois soumise aux hormones et à la hiérarchie. Hormone, car rien n'empêchera une naine de couver, elle couvera des cailloux ou de la terre s'il le faut. Hierarchique, car ces bouffées de chaleurs ne se déclenchent qu'au sommet de la hierarchie.

Une ultra-dominée pourra couver, à condition de se cacher et de cacher ses poussins. Car les poussins seront au mieux volés pour être éduqués par une mère de haut rang, au pire , tués.

La couveuse, la future mère, a un statut à part, et son comportement est totalement modifié.

D'abord, elle perd du poids mais compense en gonflant ses plumes jusqu'à devenir une énorme boule de plumes ébourriffée. Une couveuse triple son volume alors qu'elle divise son poids par deux.

Ensuite, elle devient agressive. La gentille poulette qui mangeait gentiment dans la main se transforme en arrogante mégère. Soumise, elle n'hésitera pas à défier celle qui lui becqua la tête deux jours plus tôt.

Son chant est caractérisque, chaque pas solennel et prétentieux est ponctué d'un Claourrrk, sorte de roulement de glotte tonitruant indiquant son état de future mère.

Lorsqu'elle sort de son nid, généralement une fois par jour, c'est comme une bombe, en courant et en poussant des cris de poule qu'on bat. Tout le monde va devoir s'écarter.
Elle mange, boit et chie une énorme merde avant de retourner sur ses précieux oeufs.

Quelques jours avant l'éclosion, elle cliquète clocclocloccloc aigu avant de manger tenant un grain de blé dans son bec pour le recracher. Elle appelle ainsi ses petits pour leur montrer ce qui est bon à manger.

Des poules couvant des cailloux peuvent appeler ainsi leurs poussins virtuels des mois durant sans ciller. Tant que les hormones n'ont pas chuter.

4. Le Cérémonial du Lever.
Le lever est dicté par le coq dominant, un peu avant le lever du soleil, celui-ci chante, plusieurs fois comme pour inciter l'astre à pointer le bout de ses rayons.
Ce sont les poules qui sortent en premier, le mâle en dernier et en chantant.


5. Le Cérémonial du Repas.
Une seule règle: chacun pour soi. C'est la cohue sur la bouffe, quelque soit le rang, bien que du côté des chefs, pour un grain picoré, un crâne de dominé est frappé. Les dominés doivent être rapides, voleurs. C'est eux qui termineront les restes, sauf si une dominante décide de faire la sieste à proximité  de la mangeoire.

6. Le Cérémonial du Coucher.
Toujours dirigé par le mâle dominant, celui-ci se couche en premier et chante jusqu'à la nuit pour rameuter les femelles. Le perchoir est hiérarchisé et coup de becs s'échangent jusqu'au noir complet. Une dominante ira chercher une soumise, même par dessus le dos d'une autre pour la tabasser. Le coucher ressemble à une baston de taverne certains soirs.

Les pires soumises dorment à même le sol, chassées par les coups. Certaines attendent la nuit noire pour se coucher.

Le lieu du coucher est fixé par le mâle. De temps à autres, il lui prend la fantaisie de délaisser le perchoir pour les cîmes des arbres. Il sera suivi par ses admiratrices.

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