fête de l'été et sous pipole en vadrouille.
Avec les beaux jours, c'est la multiplication des fêtes du boudin, marchés pseudo-médiévaux, festival du kouac, foire aux crétins, bref tout est bon pour ouvrir le portefeuille du touriste.Pour attirer le chaland, rien ne vaut la pseudo-célébrité en manque. Celui-là est près à tout pour n'importe quel cachet. Mais peu importe sa notoriété. Du moment que c'est "machin de la télé", le couillon moyen arrive.
Ce n'est pas une star, c'est juste un vague acteur de jeu télé, même pas le présentateur, l voix off de l'émission truc, voire un has-been qui n'a pas mis les pieds sur un plateau depuis dix ans. Vous croyez quoi? Qu'un vrai pipole ira se taper 500km pour crachouiller quelques débilité sur un stand dans une cambrousse paumée. Il fut vraiment avoir besoin de pognon, mais ce genre de type est trop prétentieux pour bosser comme les autres.
En tout ça marche.
Dès les premières heures de la fête, la rumeur circule
- Machin de la télé doit venir. Si si je te jure.
La rumeur enfle.
- J'ai vu machin arriver, mais il est fatigué, il va se reposer.
Ensuite c'est l'attroupement pour obtenir le gribouillis de machin, même Picasso du temps de sa plus grande notoriété ne peut rivaliser avec une telle frénésie (sauf que le moindre dégueulis de Picasso vaut des euros, ce qui n'est pas le cas de machin).
Les larmouilles brillent dans les yeux des passants, leurs lèvre ne cessent de répéter cette litanie... c'est machin de la télé.
Le mot télé le pare de toutes les vertus, les régards se font étonnés, agressif lorsque un j'men tape fuse.
En effet, je regarde pas cette émission de m... et j'en ai rien à f... de machin. Dire ça, fait passer pour un gogol, ou mieux pour un con prétentieux, ce dont je m'enorgueillis.
Machin se balade de stand en stand, s'incruste au milieu des troupes, se sert et tant pis s'il n'y en pas pour tout le monde.
L'organisateur en transe se rapproche:
- Machin de la télé souhaite manger avec vous. Mais il va faire la sieste, ça vous dérange pas de patienter?
Les nénettes en mouillent d'extase. Machin va manger à leur table. Et puis quoi encore? Nous aussi on est fatigués, on a faim et on veut rentrer chez nous, mais il faut attendre machin. Tant pis, machin tardant, les estomacs prennent le pas sur le reste. On mange.
Mais il faut attendre Machin pour le dessert.
Rien à foutre. Je termine le dessert et je me casse quand Machin arrive. Et pis quoi encore. Moi demain, je bosse, un mot que Machin a rayé de son vocabulaire.
Et pendant ce temps, les dindons gloussent autour de ce poulet déplumé paré des plumes du paon.
Publicité