téléchargement illégal, p2p, DAVSI... petite étude d'impact sur le piratage et les conséquences de son interdiction

Publié le par M.

Ou comment les majors prennent nos écrans pour des lampions...


Le disque est en crise, les disques se vendent mal, un seul responsable: le téléchargement illégal. Aucune interrogation sur la qualité de la production, sur le prix des CD, disponibilité et choix des oeuvres ou tout autre facteur négatif sur les ventes.

Qu'à cela ne tienne, l'industrie du disque maintient ce théorème pour calculer son hypothétique manque à gagner*: 1 téléchargement = 1 chanson non vendue = perte financière d'autant.

L'arrêté du Conseil d'Etat déboutant la CNIL vient de leur redonner l'espoir de booster leurs ventes.

Foutaises.

Faisons à leur place une petite étude d'impact, analyse à la portée de n'importe quel étudiant en économie : Qui pirate  et pourquoi, quelles sont les conséquences sur les ventes de disques?

1. Le radin.
Celui là trouve tout trop cher, à commencer par sa connexion internet. D'ailleurs certains vrais radin n'ont pas internet et vont télécharger chez un pote compatissant.  Le p2p est pour lui une double opportunité qui
1. rentabilise sa connexion
2. Etend son champ de taxage à un univers plus vaste que la médiathèque municipale ou la discothèque des potes. Il télécharge ce qui lui plait, en garde et en jette. Mais il aura tendance à garder au cas où.
Impact du blocage du p2p: Nul, il payait pas ses disques avant, il ne les payera pas après. Privé de la source internet, il se rabattra sur l'enregistrement à la radio ou sur le pompage des CDthèques à sa disposition.

2. Le Fan:
S'il pirate, c'est la faute des distributeurs qui ne mettent pas assez rapidement les oeuvres de son idole à la vente en France. Incapable de se retenir, il se jettera sur la première version étrangère en ligne venue. Cette dose lui permettra de tenir jusqu'à la sortie définitive en France. C'est la vache à lait des majors, un téléchargement se traduit chez lui par une fièvre acheteuse qui le conduira à investir dans x exemplaires du CD de son chouchou.
L'exemple type se rencontre chez les fans de Starwars qui  possèdent: la  VO en avi, la VF en avi, le .MKV, la version collector édition  1997 VO et VF, la collector originale en VO et VF, le tout en DVD et en K7, en j'en oublie.

Impact du blocage du p2p: Nul à négatif. Privé de piqûre de rappel et de l'hystérie générée sur les forums à chaque fournée de MP3, le fan, d'autant plus s'il est jeune et donc versatile, ira se reporter sur d'autres artistes, voire finira par s'assagir et se demander pourquoi avoir acheté toutes ces merdes. Il risque de réduire d'autant sa consommation.

3. Le curieux
.
Lui est sans cesse à la découverte de nouveaux auteurs, de nouveaux styles. Jadis, il se contentait de la radio et des écouteurs de la FNAC, pour lui internet est une vraie révolution.
1. Le catalogue est infini
2. Il y a pas de coupure de pub ou de gloussement d'animateurs débiles par dessus la musique.
3. Il a le cul confortablement assis dans son fauteuil et évite ainsi la cohue à la FNAC les samedis après-midi.
Il télécharge beaucoup, en garde et en jette pas mal. Il achètera souvent ce qu'il a aimé, plus le reste de la discographie de l'artiste s'il est réellement enthousiasmé.
Impact du blocage du p2p: Négatif. Privé de sa source de découverte, son répertoire se réduit, tout comme ses envies, ayant déjà tout, il a de moins en moins d'envie d'acheter. Il est aussi du genre à s'agacer de cette mesure qui est une entrave à sa soif de découverte et donc optant pour un boycott rageur, il retourne à la médiathèque.

4. Le boulimique.
Lui, il télécharge tout et n'importe quoi, augmentant le flux proportionnellement à l'accroissement du réseau et de la taille des disques durs. Le vide l'angoisse, et il lui faut impérativement bourrer sa partition, ainsi aura-t-il l'impression de remplir sa vie aussi creuse que son disque dur. Peu importe avec quoi, et internet est une mine pour lui.
Impact du blocage du p2p: Nul. Qu'importe ce avec quoi il remplit son disque de 500Go, s'il peut plus télécharger, il pillera les médiathèques, ou s'achetera un appareil numérique avec lequel il remplira ses dossiers vides. Ou tout simplement, il retournera à sa collection d'allumettes.

5. L'éclectique.
Lui c'est la qualité, plutôt que la quantité. Mais il est très exigeant et veut goûter avant d'acheter. Ses achats sont sporadiques, de toutes façons, il n'y a que de la merde, ses téléchargements sont de mêmes. Mais c'est là, sur le catalogue infini d'internet qu'il pourra enfin trouver ce rarissime enregistrement de 1924 qu'il recherche ardemment depuis des lustres.
Un autre corollaire de l'eclectique est l'underground. On ne trouve sa zique dans chez aucun distributeurs hormis certains lieux obscurs de la région parisienne. Il télécharge, car il ne trouve pas ailleurs.
Impact du blocage du p2p: Nul. Il n'achète pas car il trouve pas. Et rien ne le forcera à acheter la StarBark 12, plutôt que ce bon morceau introuvable du 14è siècle interprété par un contre-ténor plutôt qu'une soprane 1 ou que "Dark Devil Dead in the Wormhole" des  Hard Crash Tomber. Il s'orientera vers d'autres sources.

6. L'opportuniste.
Un truc de gratuit? C'est cool, et il s'en sert, tout simplement parce que ça existe. ça n'existerait pas, il trouverait autre chose.
Impact du blocage du p2p: Nul. Il télécharge car c'est gratuit. Il n'achétera sûrement pas et se tournera vers les mêmes solutions que le radin.

7. L'idéologue du partage:
Partisan de la licence globale, en général utilisateur des logiciels libres, il n'a rien contre le droit d'auteur mais contre le système économique qui le vampirise. Assez eclectique dans ses choix, il achète ce qui lui plait quand il le trouve, de préférence directement à l'auteur, télécharge de la musique libre et pirate ce qu'il n'arrive pas à trouver chez son disquaire favori.
Impact du blocage du p2p: Négatif, car comme tout libertaire, il considère le flicage des internautes comme une atteinte à la vie privée. En réaction, il réduira sa consommation et appelera à un virulent boycott.

8. Le fauché.
Est-il besoin d'en faire tout un plat? Lui n'a pas de ronds pour acheter des CD à 20 euros (sans déconner, ça correspond à 5 jours de repas dans un resto-U). Le téléchargement est un moyen d'avoir un accès à la culture.
Impact du blocage du p2p : Nul, il n'avait pas de ronds avant, il n'a toujours pas de rond après.

9. Le revendeur:
Corollaire du boulimique. Sauf qu'il revend ses compils à des gogos. Celui-là mérite vraiment le nom de pillard, car il ose revendre les oeuvres d'autrui sans vergognes. C'est à cause de cette minorité, souvent mineure, que la chasse aux internautes trouve toute sa justification. Il se fiche de ce qu'il télécharge, du moment que ça se revend.
Impact du blocage du p2p: Nul pour le revendeur (il trouvera autre chose pour arrondir ses fins de mois, voler des GPS par exemple) Positif pour ses clients: quitte à payer, autant acheter des vrais.


En conclusion, un seul demi-point positif à la chasse à l'internaute, sur 9, c'est minable. On est loin de l'espérance: 1 pirate puni = 1 acheteur repenti. Il faut arrêter de croire que ceux qui piratent achèteront sous la menace autant de morceaux qu'ils ont téléchargés.

S'en prendre à son marché, c'est un peu comme en cas de famine s'en prendre à son boulanger. Les ventes de disques ne s'accroisseront pas d'autant. Tant pis pour eux, ils ont perdu une occasion de s'adapter à un nouveau marché.

Car s'ils avaient fait une étude d'impact plus réfléchie, ils se seraient rendus compte que:
le jour où il sera mis à disposition des internautes à un prix raisonnable, un catalogue exhaustif, sans pub, aux formats divers (MP3, WMA, OGG...), une sorte de Mobicarte du téléchargement "Cette carte vous donne droit à 100 morceaux, 200, 500, Illimité.." Le téléchargement illégal aura vécu.

Qu'ils crèvent tous. Bien fait pour leur gueule.

Et les artistes dans tout ça.
" la musique telle que nous la connaissons aujourd'hui qui est en danger et son avenir menacé".
Snif. surtout pour les avatars de la télé. Quelle perte pour notre culture. La France ne se relèvera pas.

Non en réalité, ce qui est menacé n'a rien à voir pas les artistes (ou avec les pseudos-artistes) mais le système qui en vit. Assez d'utiliser l'air du pauvre artiste pillé par les méchants pirates**. Après tout, qu'est-ce qui empêche un artiste de vendre directement sa musique sur internet en mettant ses morceaux en téléchargement légal?
Ceux qui ont le plus à perdre: les majors.

Mais certains artistes sont aussi cons que leurs distributeurs. Ils fantasment sur leurs pertes hypothétiques en rêvant de leur paradis ultralibéral. Ils n'ont que mépris pour les admirateurs qui les font vivre.
Ils ne seront heureux que le jour merveilleux où on fermera toutes les médiathèques, où les CD seront tous illisibles, et les internautes en tôle.

Venant de la part de pirates fiscaux, ça prête à sourire...


*Hypothétique car basé sur les hypothèses de comportement du consommateur présumé.
** Ce n'est pas une remise en cause des droits d'auteurs mais du système de distribution.
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