la ballade des consommateurs

Publié le par M.

ou un jour férié avec les magasins ouverts.

sur les parkings, plein de voitures. Toutes les places sont prises d'assaut. Des furieux klaxonnent les lents à quitter les lieux, toute leur vie semble dépendre de cette ultime seconde où ils soufflent l'emplacement à un concurrent aussi furieux qu'eux.

Ils auraient pu profiter de ce jour de glande pour aller à la montagne, se ballader en forêt, flâner le long d'un lac, jouer avec leurs gosses au parc, traîner au musée, même glander un livre à la main.
Non, il n'y a rien de pire que les dimanches aux villes mortes aux enseignes en berne, où les seuls à traîner sur la place la veille vide de monde, sont les marginaux crades avec leur clébard, assaillant en bande le badaud imprudent pour une clope ou la pièce qui leur permettra d'acheter leur dose.
 
ils sont tous là, tirant leur insupportable marmaille, à bouchonner dans la zone industrielle. Car grâce à l'hécatombe de vieux de la précédente canicule, ce jour a un statut instable: férié? non férié? ça dépend de la direction.

En tout cas, c'est une grande joie pour la famille Ducon, c'est comme un dimanche. Sauf que les magasins sont tous ouverts.

Le bouchonnage commence un peu avant 15h, le temps de digérer les gras plats préparés, amoureusement cuits dans le micro-onde, de constater qu'il n'y a rien à la télé, et les voilà partis pour leur grande ballade en famille dans les boulevards pollués de la zone industrielle.


Que vont-ils y faire? Errer de supermarchés en entrepôt à la recherche de l'inutile bibelot qui de toutes façons ne comblera pas leur néant intérieur. Car un trou noir, on a beau y engloutir toute sa fortune, il ne se remplira jamais. Alors que certains peinent à mettre trois ronds de côté pour payer leur second tiers, eux font chauffer la carte de crédit à 19,81% TEG révisable. La loi est avec eux puisqu'elle a inventé la faillite personnelle. Lorsque tous ces cons seront endettés à 115%, l'Etat épongera gentiment leur dette et présentera la facture au contribuable lambda qui n'a droit à rien sauf à raquer, puisque lui n'est pas assez riche pour partir en Suisse et faire du chantage à son copain président, ni assez pauvre pour toucher des allocs.

Car quand on n'a rien d'autre à faire de son existence, on consomme, et l'économie est basée sur la consommation. De vrais petits citoyens modèles. D'ailleurs avec leur sens inné de la pédagogie, ils trimballent leurs chiares, quand ils seront grands, eux aussi consommeront l'argent qu'ils n'ont pas et relanceront l'économie libérale.

Ouvrez les magasins le dimanche!
La pression fut dure pendant toute cette campagne, pression du con-sommateur aussi creux que la potiche sans âme qu'il vient d'acquérir au marché-à-gogos, pression du salarié payé double. Mais dis-moi, salarié, crois-tu que le jour où le dimanche sera un jour comme tous les autres, tu continueras à être payé double?
Rêve. Crève. Tu bosseras quinze jours d'affilée et tu fermeras ta grande gueule. Et toi tu n'auras plus le temps de flâner dans les boutiques.


De toutes façons. Encore quatorze canicules et le problème des RTT sera réglé*.

*Variable selon les directions. Moi j'ai 15 RTT - 1 (journée de solidarité-mon-c...) = 14.
Plus que quatorze hécatombes de petits vieux, donc
...
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Publié dans tronche de vie

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