Les grenouilles et le Jabiru (fable actualisée)
Les grenouilles, lassées de leur expérience monarchique*, décidèrent de se doter d'un mode de gouvernement plus avancé. Elles cassèrent les oreilles à dieu pour qu'il les débarrasse de leur tyran, ce que fit le Seigneur, agacé par tous ces coassements.Ainsi libérées, les grenouilles après un bref débat, optèrent pour la démocratie et créèrent la Libre République de la Mare. Alors commença l'audition des candidats.
Le premier fut un vieux crapaud à se présenter. Il promis à toutes d'augmenter la ration de mouches journalière, s'il était élu. Il ne récolta qu'éclats de rire lorsque les anciennes bien plus avisées que les autres lui demandèrent s'il allait lui même chasser les rations promises.
La seconde fut une petite libellule qui promit de faire siennes toutes les idées qu'on lui soumettrait. Un instant, les grenouilles furent séduites, mais cela dura le temps qu'elles s'aperçurent que le cerveau de la libellule était trop petit pour conserver plus d'une idée à la fois, et celles-ci s'évaporaient trop rapidement.
Le troisième fut un splendide jabiru, un cousin de l'ancien tyran. Il commença à étirer son cou gracieux et fit briller son long bec au soleil.
- Je suis beau, affirma-t-il. Je parle bien.
Il étira ses ailes au dessus de l'assemblée.
- Je suis fort.
Et il leur promit de lutter contre les prédateurs et de leur construire des nids pour protéger leurs têtards.
Les grenouilles trouvèrent que c'était le meilleur candidat et le vote eu lieu sans surprise. Il y eut une grande fête pour célébrer la victoire du Jabiru.
Le lendemain, celui-ci s'installa dans la mare avec sa petite famille, et ils ne tardèrent pas à commencer à dévorer leurs électeurs.
Les grenouilles s'en émurent et protestèrent, elles réclamèrent à leur nouveau chef d'honorer ses promesses.
- Bien quoi, fit le jabiru. Hier, j'étais candidat, aujourd'hui vous m'avez donné les pleins pouvoirs pour cinq ans. Permettez donc que j'en use à mon gré.
Les grenouilles mécontentes se mirent à manifester et firent appel à Dieu.
- Vous aviez plusieurs candidats, vous avez choisi celui-ci, assumez vos choix à présent. Il est trop tard pour râler.
Et Dieu se détourna de tant de stupidité.
Moralité. Quand les candidats sont tous mauvais, prévoyez des contre-pouvoirs au lieu de donner le pouvoir absolu au plus dangereux d'entre eux.
* Tous les détails de cette aventure sont narrés par M. de la Fontaine.
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